Un conte à lire
La légende de la Montagne verte
Cela s’est passé, il y a bien longtemps à une époque où tout le monde avait des choses à dire sur tout le monde… Dès que les gens avaient une minute, ils parlaient des affaires de leurs voisins et pendant ce temps là, les autres parlaient des leurs. Toutes ces rumeurs et autres ragots, arrivaient régulièrement aux oreilles du grand Seigneur de la vallée, qui adorait çà, parce qu’il avait simplement l’impression de savoir tout, sur tout le monde ! On voyait dans les rues les gens se serrer les uns contre les autres pour discuter à voix basse. « Et celui-là, si ce n’est pas Dieu possible… Je ne vous raconte pas ce qu’il a fait ! » Et les autres de répondre : Intéressant, très intéressant, vas-y raconte voir… « On m’a dit… Et je le tiens d’une personne qui le connaît bien, que… » Jusqu’au jour où l’un d’eux, n’y tenant plus, entra dans une grande colère et se mit à hurler : Y A RIEN D’VRAI, TOUT CA N’EST QUE MENSONGE. Tant et si bien qu’au bout d’un certain temps on entendait claironner de partout :
Y A RIEN D’VRAI,TOUT CA N’EST QUE MENSONGE…
Jusqu’au jour où plus personne ne parla plus à personne !!!
Le grand Seigneur dit alors: « Je ne veux plus entendre cette expression. Celui qui sera surpris à la prononcer le payera cher ! Quant à moi, si quelqu’un parvenait à me faire dire ces mots terribles, je promets de lui offrir cette bourse remplie de pièces d’or.! »
A cette époque, quand le grand Seigneur parlait, tout le monde écoutait, et quand il en avait terminé, tout le monde obéissait. Ce qui fut dit, fut donc entendu ! Quelques temps plus tard, un soir de longue veillée d’hiver, le grand Seigneur remarqua un jeune berger assis discrètement dans un coin et lui dit : « Dis donc mon gars, on ne t’entend jamais, n’as-tu pas une histoire à nous raconter, où peut-être es-tu muet ? » « Bien sûr que si grand Seigneur, je connais de belles histoires, mais on ne me laisse jamais les raconter. » répondit timidement le berger.
- Intéressant, dit le grand Seigneur très intéressant, vas-y raconte voir …
Avant d’être à votre service, grand Seigneur, j’étais berger dans la vallée voisine. Figurez-vous que là-bas les hommes n’ont pas besoin de travailler. Je ne sais pas par quel mystère ils sortent du blé d’un grenier sans jamais le remplir et suffisamment pour nourrir les habitants de toute la vallée ! Cela me semblait très bizarre, mais lorsque j’ai voulu en savoir plus, personne n’a accepté de me parler. Un jour pourtant un homme mystérieux m’a dit : « Un soir sans lune, monte jusqu’au petit chalet d’alpage situé juste en dessous de la glacière, tu y trouveras un homme tout de noir vêtu, il répondra peut être à ta question. »
- Intéressant, dit le grand Seigneur très intéressant, vas-y raconte voir …
Je suis monté jusqu’au fameux chalet et j’y ai rencontré un homme qui portait une sorte de grande soutane noire. Il m’a invité à m’asseoir près d’un gros fourneau et nous nous regardâmes sans parler, un long moment. Quand il se leva pour ajouter une belle bûche au feu, j’ai eu le temps d’apercevoir que sous la soutane il y avait non pas des pieds mais des pattes de chèvre… C’était donc le Diable ! Je me mis à trembler de peur…C’est alors qu’il me dit « Il y a longtemps que je t’attendais et je sais pourquoi tu es là… Signe ici de ton sang sur ce parchemin, puis mets-toi en route pour la Montagne verte. Je te donne rendez-vous là bas dans 28 jours. » Il se leva aussitôt et disparut dans la nuit…
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A mon tour, je suis parti… Peu après, j’ai rencontré une vieille fée qui avait peut-être 250 ans et quand je lui ai demandé où se trouvait la Montagne verte, elle m’a dit de marcher encore jusqu’à un gros mélèze loin là-bas et que j’y trouverai sa sœur, la dernière personne à en connaître le chemin.. J’ai donc continué ma route jusqu’à ce que je trouve une très vieille fée qui devait bien avoir dans les 450 ans… Quand je lui ai demandé le chemin de la Montagne verte, elle a levé les bras au ciel: « Mon pauvre gars, il y a bien longtemps que l’on ne m’a pas demandé çà ! Mais sais-tu au moins qu’il se passe là-haut des choses terribles ? Bon, je vais te confier au plus jeune de mes aigles qui saura te montrer le chemin… » Je suis reparti, marchant de jour comme de nuit, avec l’aigle pour guide…
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Le 28ème jour, alors que je traversais une forêt immense, j’ai rencontré une jeune fille. Quand je lui ai demandé si j’étais bien sur le chemin de la Montagne verte, elle m’a répondu : «On va y aller ensemble car c’est là que j’habite, mais, sais-tu que c’est la demeure du Diable et que je suis la dernière de ses filles ? Ecoute si mon père t’a invité ici, c’est qu’il va se passer des choses… Alors prends bien soin de ne jamais boire le premier verre qu’il te sert et de ne pas dormir dans ton lit. » Une heure plus tard, nous arrivâmes au château situé au sommet de la Montagne verte. Le Diable m’attendait : «Tu es à l’heure, c’est bien ! Tiens, bois donc cette coupe de mon meilleur vin, tu l’as bien méritée après ce long voyage !.» J’ai pris le verre mais j’en ai jeté le contenu, arguant que c’était une coutume de chez moi et j’ai bu sereinement la deuxième coupe.
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« Bien, dit alors le Diable, comme la route a dû t’épuiser, tu vas donc souper pendant que l’on prépare ton lit.» Après un copieux repas, je rejoignis ma chambre et me souvenant de ce que m’avait conseillé la fille, je pris une couverture et m’allongeai dans un coin, à même le plancher. A minuit j’entendis un drôle de bruit et je vis sortir du matelas serpents et araignées qui s’entremêlèrent sur le lit… Je restai pétrifié dans mon coin. Au petit matin, à l’heure du café, quand le Diable me demanda si j’avais bien dormi, je lui répondis que oui, mis à part quelques petits chatouillis… »
- Intéressant, dit le grand Seigneur très intéressant, vas-y raconte voir …
Le Diable me dit alors : « Maintenant, tu vas aller dans ma forêt et tu couperas toute la parcelle n°12, bois en stères et branches en fagots.» Je me rendis aussitôt sur place mais au premier coup de hache, le manche se brisa. Pour le coup, je me sentis perdu et j’attendis résigné ! A midi, ce fut encore la fille du Diable qui m’apporta le repas. Quand elle arriva et qu’elle me trouva en pleurs, elle dit : « Attends, je vais t’arranger çà, mais tu dois me promettre de ne jamais embrasser une autre fille que moi ! » Je promis et elle sortit une baguette magique… D’un seul coup toute la parcelle de forêt se retrouva coupée, les stères d’un côté, les fagots de l’autre et moi, je me suis retrouvé chez moi…
- Intéressant, dit le grand Seigneur très intéressant, vas-y raconte voir …
Ma vie a donc recommencé comme si rien ne s’était passé. Pourtant un jour de foire alors que beaucoup de monde se pressait, une très belle jeune fille est passée devant moi. A ce moment, elle s’est emmêlée les pieds dans sa grande robe et a chuté dans mes bras… Ses grands yeux se sont mis à briller et dans un élan de gratitude, elle m’a embrassé… C’est alors qu’une troupe de cavaliers, sortie de nulle part, est arrivée au grand galop, menée par la fille du Diable. Folle de colère, elle m’a chassé et c’est ainsi que je suis arrivé jusqu’ici.
- Intéressant, dit le grand Seigneur très intéressant, vas-y raconte voir …
- Mais au fait, grand Seigneur, savez-vous qui m’a embrassé le jour de la foire ?
- Diantre, non !
- Votre fille, grand Seigneur !
- Ma fille embrasser un manant de ton espèce... Y A RIEN D’VRAI, TOUT CA N’EST QUE MENSONGE…
- Ne vous mettez pas en colère, grand Seigneur, Y A PEUT-ETRE RIEN D’VRAI, mais la bourse pleine de pièces d’or, elle est à moi… Le grand Seigneur tint sa promesse et. notre jeune berger devint son plus fidèle conseiller et épousa sa jolie fille en justes et grandes noces, le jour de NOËL.
Conte mis au point et raconté par Zian des Alpes 2009
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