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Un conte à lire


L'or des fées

Les fayées sont des femmes d'une grande beauté, des êtres surnaturels. Elles sont très discrètes, bien peu de gens les ont rencontrées… On raconte même que leur incomparable beauté fait tourner la tête des hommes. Une fois séduits, elles les entraînent là haut sur la montagne ce qui rend leurs femmes fort jalouses, vous vous en doutez! En fait, il n'y a que les enfants qui peuvent rencontrer les fayées, les petits bergers ne craignent rien, protégés par l'innocence et l'insouciance de leur âge.
Il y a bien longtemps une petite bergère gardait son troupeau là-haut dans les maigres prairies, juste au-dessous des rochers de la Tête de Chat aux Aiguilles d'Arves. En cette fin de journée, l'étoile du berger, ce minuscule astre orangé venait de se lever, exactement dans la région du ciel où le soleil avait choisi de se coucher, donnant le signal pour rentrer. Une bise légère chargée de l'odeur fraîche des cimes balayait l'alpage, l’écho renvoyait le tintinabulement feutré du carillon des sonnailles.
La jeune fille s'apprêtait à descendre avec son troupeau lorsqu'une jolie dame, habillée de somptueux vêtements de soie s'approcha d'elle. C'était une fayée, mais la petite bergère ne le savait pas. Jamais elle n'avait vu de près une dame aussi belle! La fée avait un visage fin au teint couleur de fleur d’églantine et une longue chevelure blonde descendait en cascade sur ses frêles épaules.
La fayée lui dit d'une voix douce:
- S'il te plaît, viens m'aider à étendre ma lessive car ce soir c'est la pleine lune et je n'y arriverai pas toute seule…
Sans rien dire la petite bergère la suivit comme une automate. Elles montèrent toutes deux là-haut dans les rochers et étendirent le linge mouillé sur de grandes dalles de roc. Il y avait là des vêtements de soie, de mousseline, de dentelles et jamais notre petite bergère n'avait touché de tissus aussi doux, aussi délicats…
Quand tout fut terminé, la fayée lui remplit son tablier de feuilles de frêne, un plein "patin1" de petites feuilles toutes fraîches et plates comme si elles avaient été repassées!
- Voilà ton payement jeune fille et bien le merci.
La jolie dame s'éloigna alors en sautillant sous les pâles rayons de la lune blafarde.
En cours de route, cette grande poche pleine de feuilles s'avéra fort encombrante surtout quand on court et quand elle vient rebondir sur vos genoux. Alors la petite bergère jeta toutes les feuilles, toutes, sauf celles qui étaient restées cachées dans la petite poche du tablier et qu'elle n'avait pas vues. En arrivant au chalet, ce fut plus des feuilles de frêne qu'elle retrouva mais des pièces de vingt francs en or, des Louis d'or!
Bien sûr, dès les premières lueurs du matin, la petite bergère retourna là où elle avait jeté les feuilles… Mais elle eut beau chercher et chercher encore, elle ne retrouva ni feuilles, ni pièces d'or.

1 tablier féminin protégeant la robe ( patois d’Albiez)

- L'or des fées: Conte original mis au point et raconté par Zian des Alpes



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